HISTORIQUE
D'EPINAY-SUR-ORGE

 

    La position de ce village est des plus heureuses.
C'est sur son territoire que l'Orge, et l'Yvette mêlent leurs eaux.
Comme le Nil, tout cours d'eau porte la fertilité aux terres qu'il arrose ! Epinay n'est pas ce que son nom annonce : Spinoilum, Spinetum ; la culture y est en honneur et ce mot latin ne peut s'appliquer qu'aux cantons couverts d'épines ou de broussailles.
Comme le nom d'Epinay n'est pas rare en France, il a fallu distinguer par un surnom les villages qui le portent.  De là, Epinay-sur-Orge.

   BREUIL vient de petit bois. Il se reliait à la forêt de Séquigny, et cet ensemble formait nécessairement le bois d'une lieue et demie de circuit possédé à Epinay au huitième siècle, par les moines de Saint-Germain-des-Prés de Paris.
CHRETIEN DE LAMOIGNON, chevalier, était qualifié seigneur de BAVILLE et de BREUIL, dans son épitaphe aux Cordeliers de Paris.
Il est mort le 18 janvier 1636 à soixante-neuf ans. 
C'était l'ancien manoir du conseiller BRISSON.

LA GILQUENIERE, actuellement VAUCLUSE, est une dépendance de ce hameau.  L'ancien terrier seigneurial d'Epinay nous a montré I'emplacement de ce fief.  Il relevait de Villebouzin.  Une des routes de la forêt de Séquigny en a retenu le nom.

ISAAC DE MARTINE, mort le 16 septembre 1624, à l'âge de soixante-trois ans, suivant son épitaphe, dans cette même église des Cordeliers de Paris, fut conseiller du roi en sa cour de parlement de Bretagne et seigneur de la GILQUENIERE, Moret, La Neuville, etc.
Les registres de l'archevêché de Paris nous apprennent que RENE DAVY, sieur de la Faustière, et RENEE DAVY, femme de Jean Lemaitre, conseiller au parlement de Paris menaient à la Gilquenière, la vie commune, en 1653.
C'étaient certainement le frère et la soeur.

VAUCLUSE est limité par la rivière l'Orge.
Le nom de l'ancien chef de la Gilquenière déplaisait fort au bailli de Crussol d'Uzès qui le possédait au moment de la Révolution.  Monsieur, comte de Provence, depuis Louis XVIII, dont il y recevait quelquefois la visite, a été son parrain.  Est-ce en souvenir de la fontaine de Vaucluse ? Quoique plein d’attraits, le nôtre n'a pas la magie du premier.
ALEXANDRE-CHARLES-EMMANIJEL, bailly de Crussol d'Uzès, né le 5 juillet 1745, émigra ; il est mort à Paris le 17 décembre 1815, chevalier des ordres du roi, duc et pair, maréchal de camp; !a marquise de Grollier, sa parente et son héritière, lui a fait ériger un somptueux monument au cimetière du Père-Lachaise.

En 1806, Vaucluse est devenu la propriété du général baron Delaître, frère du préfet de Seine-et-Oise, mort à Paris le 2 juillet 1838, à l'âge de soixante-deux ans.
Son acquéreur a été le général de division Lepaige, comte DORSENNE, mort quelques mois plus lard, à Paris, le 24 juillet 1812.  Il était né à Ardres (Pas-de-Calais), le 30 Avril 1776.  M. Dabrin, entrepreneur de bâtiments à Paris, l'acquit de ses héritiers.  Il est mort en 1833.

PETIT-VAUX est un hameau posé en regard de Grand-Vaux ; il en est séparé par l'Yvette, dont il occupe la rive droite.
Il y a plusieurs maisons de campagne.
On y connaissait le fief de Vaudoise possédé par les Chartreux de Paris, au dix-septième siècle ; de là sans doute la préférence accordée à ces moines par les personnes considérables de la localité pour obtenir l'inhumation dans leur église.

CHARAINTRU est au-dessus de Petit-Vaux, à la rive opposée de l'Yvette.
Ce hameau disparaît et s' absorbe dans le domaine de SILLERY, ancien fief qui s’étend en longueur borné qu'il est par l'Yvette et le chemin de Gravigny.
On suit la chronologie de ses possesseurs depuis la fin du dix-septième siècle.  Le 4 juin 1699, François DU JARDIN, valet de chambre du roi, l'acquit des héritiers de Philippe Loussard.  L'enclos, qui jusque-là n’avait renfermé que quatre arpents, fut porté à quatre-vingts, plantés de grands bois avec fontaines jaillissantes.
De son second mariage Du Jardin eut un fils appelé comme lui FRANÇOIS ; il a été héritier de ce fief, à sa mort survenue en 1615.
Elisabeth, sa soeur et sa légataire, lui survécut jusqu'au 21 mai 1691.  Tous deux ont été inhumés dans l'église Saint-Germain l'Auxerrois de Paris, où leur famille avait établi sa sépulture.
Il paraît qu'originairement les malades de Charaintru avaient seuls l'accès de ce lieu de prière, les jours de célébration; puis cette tolérance finit par devenir publique.  NICOLAS BARTHELEMY, conseiller au parlement de Normandie, et MADELEINE, sa soeur, veuve de Henri d'Argouges, marquis de Rannes, cédèrent leurs droits. dans la succession d'Élisabeth Du Jardin, à leur cohéritier, Jean Joseph Nau, écuyer, sieur de Maison-Rouge.  Ce dernier conservera cette terre jusqu'en 1702.
Son acquéreur fut Denis-Michel Thanroude, ancien trésorier de France, au bureau des finances de la généralité de Poitiers, conseiller au parlement.
Il obtint, le 18 janvier 1724, permission de faire célébrer dans le nouvel oratoire.  La bénédiction, en fut faite par l'abbé de Longueil, prieur-curé d'Athis, à ce délégué, le 4 octobre suivant.
A la mort de M.THIBOUDE, en 1748, cette terre passa à sa fille, épouse de Jean-Jacques de SAULAREUR de VILLERONDE, Maréchal des logis du Roi, Chevalier de SAINT-LOUIS. Ils l'aliénèrent en 1773, à Antoine TOUSSAINT NOBLET, ancien greffier en chef de la Cour des Comptes, conseiller au Parlement.
Ce dernier ajouta des constructions au corps de logis et fit enclore 90 arpents à la suite.
C'est le 29 septembre 1780 que le seigneur de SAVIGNY consentit l'inféodation de cette terre en fief sous le nom de SILLERY ; et NOBLET l'ajouta au sien.
En 1783, le chapitre de la Métropole de PARIS, en partie seigneur du lieu consentit pareille inféodation pour son fief de SAINT JAMES, enclavé dans le parc.
Un troisième fief en faisait partie : le moulin de QUINCAMPOIX, placé à l'extrémité et mû par l'Yvette.
La Communauté de St-Cyr, près de Versailles, comme représentant les religieuses de la Saussaye de Villejuif, et les religieux du prieuré de Saint Eloi, à Longjumeau, avaient droit de censives sur les terres.
NOBLET premier et dernier seigneur de Sillery, le conserva jusqu'en 1804.  Il vendit à VEYRET; celui-ci, en 1810, à l'intendant militaire LE BEGUE ; neuf ans plus tard, Sillery devint la propriété de M. VACELIN DUTERTRE de MAISON-NEUVE.
Il vendit, en 1824 à une société qui devait y établir une blanchisserie modèle; le projet échoua, et le Lieutenant-Général Comte MERLIN, fils de MERLIN DOUAI, en devint acquéreur.
Il ne la conserva pas jusqu'à sa mort, arrivée en 1854.  Sa vieillesse fut affligée par la perte de la vue.
Il avait épousé Melle GOTHIER, fille unique du Membre du Directoire, et n'en eu pas d'enfants.  Cette dame descendait par sa mère du Ministre protestant P. DUMOULIN.
Mme la Comtesse MERLIN a fait ses preuves en littérature.
On a d'elle des « Mémoires ». C'était aussi une grande Musicienne.  Les paisibles ombrages de Sillery ont connu ses douces rêveries.  Un volume ayant pour titre : « Les belles Femmes de Paris , (1829-in 8°) parle ainsi de cette dame (p 174) : Beauté, musique, esprit, Mme la Comtesse MER LIN porte sur son front trois couronnes dont une seule suffirait à consacrer pour toujours une tête de femme.
Elle est morte à Paris le 15 février 1853, à l'âge de 65 ans et a été inhumée à Eaubonne (Seine&Oise) près de son mari.
Ils avaient vendu Sillery, le 20 juillet 1838, au Vicomte de SEGUR dont le nom a été donné à une des rues du village d'Epinay.

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